La figure du fou

http://fouschalvin.blogspot.fr/

Accrochez-vous bien car on s’approche des fondements de mes pensées…

Les termes de « folie » ou de « fou » reviendront souvent dans mes posts et celui-ci n’est vraiment pas le dernier.

Le fou c’est l’autre. Nous sommes tous fous.
Nous sommes tous le fou des autres !

Et Le fou n’est peut-être pas celui que l’on croit

Comme d’habitude, ma réflexion sur ce terme ne repose sur aucune étude d’auteur. Elle fait pourtant peut être suite à leur influence sourde trouvée dans mon éducation; ou bien peut être juste sortie d’un ressenti.

Vous connaissez la blague du mec sur l’autoroute ?

Un mec sur l’autoroute écoute la radio en conduisant: »Information de dernière minute, un fou conduit un véhicule à contre sens !!! « 
Et lui de s’exprimer à voix haute:
« Ha ba c’est bien peu d’dire « un », ils sont tous à contre sens !!! »

Pour moi il est vrai que nous sommes tous fous, tout autant qu’il est réel que nous sommes tous uniques. Qui veut démentir ?

Le fou, c’est celui qui ne fonctionne pas comme moi. Il est étrange, n’a pas les mêmes réactions, ne pense pas pareil. Il a des actes bizarre et dis des choses qui n’ont pas de sens. (J’ai découvert lors d’une séances de lecture populaire que la figure du fou que je ressent apparait dans la littérature sous celle du Monstre.)

Moi, bizarrement, j’ai toujours aimé les gens un peu fou. Je ne savais pas pourquoi, mais maintenant je crois que je sais.
Les fous ce sont ceux qui expriment leur intérieur sans peur. Sans peur du jugement des autres, sans plier sous le vernis lissant des normes et de ce qui ne se fait pas. Ce qu’ils expriment c’est leur création, ce qu’ils sont profondément. Ils se lâchent devant vous. Un spectacle. Le spectacle humain. Celui qui montre qu’en fait, tout ce que l’on voit chaque jour n’existe pas d’une manière aussi simple que celle qui nous tranquilliserait:
Nous sommes normaux et tous adaptés à une vie normale, dans les normes de la société.

Non, nous sommes tous différents et demandons par cette différence à l’autre une adaptation constante. Une adaptation de jargon, de niveau de discussion, de système de valeur, de ton, d’idées,…un inconfort quoi.

Tout un monde…

Chacun a en lui tout un monde. Toute une organisation interne propre à lui même, tel un pays, ou encore une planète. (Voir le post précédent sur ce sujet: Chacun a en lui tout un monde)

Nous avons notre langage interne, des paysages, des montagnes, des fleuves, une météo, …nos sensations, notre système interne. Ce système qui fait tellement partie de nous, que nous sommes incapables d’en prendre recul. Nous sommes cela et apprenons ses différences aux autres au fur et à mesure de notre vie. Nous sommes ses sentiments et ce qu’ils provoquent.

Des concepts ou cadres imprécis posés sur des entités communes

Nous avons notre idée de ce qu’est le bleu, de ce qu’est un mal de ventre, de ce que signifie Aimer, ou de ce qu’est la folie. Tout ces mots ne sont que des concepts sur lesquels nous nous accordons communément pour pouvoir interagir. Voilà notre langage formé.
Des mots cherchant à définir ces choses que nous partageons.
Quand j’étais petit et voulais que ma maman me donne la petite voiture qui était à ses pieds, c’est par mimétisme et nécessité personnelles que j’ai appris à dire voiture. Pour qu’elle me comprenne et que j’atteigne mon dessein. Sinon un « areuh areuh » sortit de mon antre sensible m’aurait personnellement suffit.

Un « fake »

Alors depuis petit nous apprenons des concepts et nous y accordons. Mais ces concepts ne sont pas nous. Ce sont des normes édités pour faciliter notre vie commune, et créant également un sentiment d’appartenance. Un pays ne se soude-t-il pas autour de sont langage ?
L’exercice périlleux réside alors dans le fait de rester ce que nous sommes tout en empreintant ces chemins tracés pour faciliter la compréhension les uns des autres.

Car une fois en société, être fou seul, ça devient triste. Et je crois personnellement que si nous sommes sur Terre, c’est pour nous relationner et être capable de nous faire comprendre des autres. Notre folie s’effacera donc devant notre acceptation des compromis de société. Et dans ces compromis, à chacun d’y trouver sa stabilité, son équilibre.

Des îles et des ponts
(Pour les îles j’ai adapté ma vision à  une image évoquée par Carl Rogers dont on m’a parlé mais que je n’avais pas lu; en voilà une citation)

« Tout être est une île, au sens réel du mot, et il ne peut construire un pont pour communiquer avec d’autres îles que s’il est prêt à être lui-même et s’il lui est permis de l’être. Ainsi ce n’est que lorsque je puis accepter un autre, ce qui signifie spécifiquement que j’accepte les sentiments, les attitudes et les croyances qui constituent ce qu’il y a de réel et de vital en lui, que je puis l’aider à devenir une personne…»

(Ma vision) Chaque interaction à l’autre est un nouveau pont construit sur ses propres piliers et comportant ses propres barrières d’ego, de protection face à l’envahisseur.

Dans le meilleur des cas on traverse le pont, se rejoint au centre et s’embrassent (se prend dans les bras). Les piliers sont stables et à la même hauteur.
Dans le pire des cas, on a peur de l’autre et ne construit même pas le pont, allant jusqu’à le repousser et fermer toutes les portes que l’on peut.
Le plus souvent, on met une grille au pied du pont, sur notre île. On passe la grille, ouvre les différentes barrières d’ego que l’on s’est habitué à placer en société et va voir à quoi ressemble l’autre sans trop prendre de risque. Avec un peu de chance, au fil de la relation, on pètera quelques unes de ces barrières pour lui montrer un peu plus de nous….

Toute réponse est bonne. A chacun ses nécessités. Quoiqu’il en soit, le tout est à faire dans un respect humain de quiconque.
La difficulté est que tout le monde ne le fait pas…mais chacun est également responsable de se tenir droit ou courbé.
Chacun a le droit d’être ce qu’il est.

Le problème, c’est d’essayer de mélanger tout cela de manière constructive et organisée; dans une société de personnes quoi.

-> Voir la réflexion sur la Construction d’un système de valeurs en commun (à venir).

Note:
Encore une fois, ce post est un essai. L’essai de vous transmettre une réflexion qui m’habite et est donc plus complexe, plus ressentie, plus infinie, et reliée à de nombreux autres concepts à moi.  Notamment la Folie créatrice et la Notion de Système de valeurs.
A suivre, car je ne pense pas encore avoir réussi à vous faire sentir ce que je veux dire.
Des questions ?…

Notions abordées et articles liés:

  • Folie unique – Chacun a en lui tout un monde
  • Equilibre stable
  • L’Autre
  • La folie créatrice
  • Le compromis de la société
  • Système de valeur
  • Cadres
  • Fini et Infini

 

Related posts

8 thoughts on “La figure du fou

  1. Kangourou

    Et moi qui vient de t’envoyer un mail justement à propos des compromis… Sur la notion de folie je te rejoint, par contre sur celle des îles et de la solitude pas du tout. Je pense que chacun de nous met dans son no man’s land une partie de lui, ce qui peut être public, partagé et conquit. Par contre il garde ses tranchées et secrets qui sont le fondement de son être intérieur, de l’humain réel qu’il est.
    Mi aviso

    1. David Tribal

      Du coup tu mets la partie profonde de chacun carrément sous l’île quoi..? Planqué ?
      Moi j’pense que seul sur son île il est tranquille. C’est le pont qui est un risque. Mais un risque à prendre si tu ne veux pas vivre tout seul sur ton île…ça rejoins une petite idée que je vais poster de suite

  2. Vilma

    j’ai beaucoup aimé cette définition tout à fait subjective « Les fous ce sont ceux qui expriment leur intérieur sans peur. Sans peur du jugement des autres, sans plier sous le vernis lissant des normes et de ce qui ne se fait pas. Ce qu’ils expriment c’est leur création, ce qu’ils sont profondément. Ils se lâchent devant vous. Un spectacle. Le spectacle humain. »

    et c’est quoi l’enjeu de ce spectacle? bien sûr que c’est la création des ponts avec les autres! et la nature du spectacle dépend de la nature des ponts que l’on veut créer avec les autres: veut-on des ponts des vernis lissant des normes ou veut on des ponts qui intègrent les folies mutuelles?

    1. David Tribal

      Le plus simple, c’est le pont vernis! Il ne demande aucune adaptation supplémentaire, il correspond déjà à la norme à laquelle on adhère tous implicitement. Par contre, à force de pont lissés, on a besoin de vie, de chaos, de n’importe quoi, de non sens quoi.
      Alors sous la coupe des drogues, de l’alcool et de vies parallèles, on accepte ces relations décloisonnées, qui d’un commun accord, ne mettrons pas en péril nos vies stables. La schizophrénie de notre système moi j’vous dis!

    1. David Tribal

      Génial, merci d’avoir fait le lien. Elle est cool cette bande dessinée. J’ai mis un commentaire sur son blog !

  3. paqcap

    Je voudrais poser un peu le cadre linguistique car il me semble que le mot fou est employé là dans un sens large et inaproprié, comme si on voulait gommer sa vraie signification pour s’éviter de juger…. et éliminer ainsi une difficile prise de conscience de la société…
    Le fou dans la définition du dictionnaire c’est une personne qui a un comportement extravagant et inhabituel et dont on pourrait penser qu’elle aurait des troubles mentaux…et je mets au conditionnel pour être plus soft, humaine …et rogérienne non jugeante…mais cela ne veut pas dire éliminer la réalité…et c’est important de ne pas être dupe car les conséquences sur ceux qui ne sont pas fous peuvent être dures…
    La question c toujours celle des limites…
    La « folie » dont vous parlez n’en est pas vraiment une…c’est la « folie » de chacun qui le rend créateur de sa différence avec toutes ses richesses et ses dépassements acceptables mais dans le cadre d’une vie qui respecte suffisamment les autres et relationne avec eux d’une façon acceptable…
    On peut valoriser cette « folie » dans le sens où elle définit le monde particulier de chacun, crée de la différence, de la sensibilité qui s’exprime, un contact avec les autres qui introduit des choses nouvelles, de l’art, bref un coktail indéfinissable qui fait l’intérêt de la rencontre entre les humains et alimente notre goût de vivre…

    Par contre, la folie qui dépasse les limites, dont on peut constater les signes visibles ou plus cachés, elle, n’est pas choisie ni maîtrisée…
    Et on ne peut pas dire que « le fou exprime son intérieur sans peur et sans peur du jugement des autres…. »
    Il n’a pas le choix de ce qu’il fait et ce qu’il fait il le fait sans conscience, sans réflexion, en fonction de ses besoins…son système est auto piloté pour mettre en place cette façon de relationner avec les autres dans notre monde à la place d’un système en relation normale avec les autres…il plaque alors une autre réalité à la place de la nôtre, dont il parle, et relationne avec nous avec sa propre vision de la réalité reconstituée….cela pour lui permettre de vivre malgré tout sa vie dans notre monde puisqu’il a une vie à vivre…mais il n’a pas accès comme nous à la prise en compte de l’autre dans la relation ainsi qu’à l’empathie qui nous fait nous mettre à la place de l’autre et à tenir compte de lui dans nos relations…

    Je comprends que vous rapprochiez cela d’une forme d’admiration car le fou semble plus libre, il fait alors des choses folles comme vous rêveriez peut être de les faire et comme si il était capable et courageux de franchir certaines barrières, de transgresser les interdit comme nous rêverions de le faire…mais malheureusement il ne le choisit pas…. et il ne sait pas qu’il est fou, il pense que tout le monde est comme lui…et reconstruit sa propre réalité comme il l’entend et l’imagine, comme il en a besoin dans sa tête…

    Encore une fois, les limites sont importantes…celui qui vous raconte n’importe quoi dans le bus ou qui parle tout seul dans la rue n’est peut être pas dangereux et peut s’inscrire dans la vie partagée avec les autres…mais il y en d’autres pour lesquels ce n’est pas possible…ils se mettraient en danger ou mettraient les autres en danger…et puis il y en a aussi d’autres aussi dont la folie est cachée sous une apparente normalité, qui sont entre les deux et qui peuvent être dangereux par leur influence.

    Désolée, pour cette ré introduction dans la réalité mais çà me semblait important pour continuer à réfléchir là dessus…

    1. David Tribal

      Madame, Mademoiselle,
      Nous vous remercions pour ce commentaire très intéressant.
      En effet, le « vrai » fou, est celui chez qui la folie ne lui permet pas de se relationner avec les autres normalement, c’est à dire en bon miroir. Cela tient d’une pathologie affirmée et non d’un comportement acceptable dans le cadre du système de valeurs cadrant notre société.
      Le vrai fou est celui qui accepte totalement sa folie au détriment des autres et donc s’y enferme puisque insensible au miroir des autres.
      Il n’est ni miroir fiable pour eux, ni ne peut prendre en compte son reflet dans les autres. Il est seul. Inadapté à une vie à plusieurs.
      Bon!
      _
      Dans ma « Figure du fou », j’expose la part de folie qui est en chacun de nous. Ce que j’appelle donc un fou en société, ce serait un fou qui a développé suffisamment d’ego et y a trouvé sa stabilité pour réussir à vivre avec les autres, dans le respect des différences de chacun et également de son droit à être.
      Ainsi, « nous sommes tous fous » à la base, mais construisons notre stabilité dans l’acceptation de compromis part rapport à l’autre.
      Mon utilisation du mot « Fou » représente sa définition relative à l’autre et non dans un absolu. Ainsi, « un comportement extravagant et inhabituel » n’a aucune valeur sans référence à un comportement normal et habituel défini par une majorité (ou non).

Pour commenter sans FB c'est ici ? (laissez votre contact si vous le souhaitez)