Comme quoi l’argent s’il ne se donne pas, s’échange

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Capture d’écran 2014-07-28 à 02.09.543 Allemands surprennent un mendiant dans la rue en rendant sa quête plus active.

Je me suis souvent penché sur la question de la mendicité active ou inactive…

Je me suis souvent penché sur la question de la mendicité active ou inactive…

En Amérique du Sud, les seules personnes que je me rappelle avoir vu mendier inactivement, ce sont des personnes âgées. Et encore peu souvent.
Le plus marquant c’était à la sortie du marché de Sucre, en Bolivie. Deux ou trois petits vieux, aux traits marqués et au visage brun comme on aime les prendre en photo, faisaient la manche sur les marches descendant du 1er étage.

Face à cela, la position d’Européen est difficile:

  • Ils n’ont rien, font la manche, j’ai beaucoup par rapport à eux et plus que ce dont j’ai besoin en proportion au coût d’un repas (1€), alors je peux leur donner.
  • Si je leur donne, c’est trop simple et ils vont voir le touriste comme un porte monnaie facile. De plus je dérègle leur économie et leur sens de l’effort.

Les jeunes et mêmes les handicapés quant à eux (même les personnes âgées d’ailleurs) se lèvent, la plupart du temps, « le cul » pour gagner de l’argent. Et oui, car là-bas, aucun moyen pour qu’il vienne tout seul avec le RSA, les aides de l’état etc…

Alors il n’est pas peu fréquent de voir au Brésil un homme en fauteuil roulant, à moitié paraplégique, qui vend des paires de ciseaux ou autres lampes de poches et chewingum.
Au Pérou, des enfants de 7 ans tenant un kioske à bonbons dans la rue, ou encore en Equateur une vieille femme s’endormant à 10h du soir derrière la grille de son épicerie.

Les jeunes dans la fleur de l’âge, eux, redoublent d’énergie; soient ils travaillent en ville, soit, comme de nombreux voyageurs, ils jonglent, font des bijoux, vendent de la nourriture, jouent de la musique sur la voie publique.

Alors en rentrant en France, voyant des personnes entre 30 et 50 ans, apparemment en parfaite santé, à genoux à mendier dans la rue, je m’interroge:

Comment peut-on mendier sans se demander en premier lieu ce que l’on pourrait apporter à l’autre  ?
Car l’argent s’échange, il ne s’offre pas…

Pourquoi offrir ce que l’on gagne en échange de son temps de liberté, à force d’énergie personnelle ?!?

Alors oui, en effet, je sais par expérience que pour « mendier », ce n’est pas lorsque l’on est le plus dans le besoin qu’on a la meilleure énergie pour l’offrir aux autres, et qu’il faut se forcer sans pour autant attendre en retour et tomber dans un « donnant-donnant » strict.
Cependant, une fois cette première étape passée, j’estime qu’il faut essayer d’apporter à l’autre pour qu’il ait envie de donner en retour.

Alors quoi?

  • Faire de l’artisanat et le vendre dans la rue?
  • Jongler au feu rouge pour divertir et passer aux fenêtres ensuite ?
  • Faire à manger chez soi pour vendre à l’extérieur?
  • Jouer de la musique dans la rue ?

…tout cela comme on le voit si souvent en Amérique du Sud.

Et bien oui mais ici il y a des réglementations ! Oui m’dame!

  • C’est ainsi qu’en France, il n’est pas rare de voir un mendiant à genoux, mais vendre de l’artisanat sur un tréteau fournit d’une toile, c’est interdit ! Travail non déclaré.
  • Jongler au feu rouge? Pourquoi pas…Ca doit pouvoir se faire, tant que l’on ne gène pas le flux de circulation…On en voit bien qui nettoient les pare-brise.
  • Faire à manger chez soi ? N’y pensez pas. Et la vigilance sanitaire ? Sans penser que vous pourriez essayer d’empoisonner le monde…(on le voit un peu en vide-grenier)
  • Heureusement, on a encore le droit de se poser avec son chapeau, et jouer de la musique dans la rue. Enfin, je crois. J’ai entendu en tout cas, que dans le Métro Parisien, il faut au préalable passer devant une commission donnant l’autorisation…

Alors bien qu’en rentrant de voyage je me soit dit:

« Je ne donnerai jamais à quelqu’un qui ne se donne pas la peine d’essayer de m’apporter quelque chose en retour »,

je me suis petit à petit ravisé, acceptant le fait que les cadres de notre société ne laissent en fait pas la place à la démerde de terrain facile et accessible.
Pour ça, il y a le Pôle Emploi, la retraite, la Sécurité Sociale, le RSA, … toutes ces aides créées pour éviter la déperdition de l’être humain face au système capricieux en efficacité, créées pour aider mais qui finalement contribuent à cadrer ce dernier et à forcer le chemin à prendre lorsque l’on correspond au cas décrit à l’alinéa 276 du formulaire de demande de…

Alors en France, comme apparemment en Allemagne, on s’assied dans la rue, le meilleur espace pour rencontrer le chaland, et pour ne pas se faire remarquer par la Police et être accusé de vente sur l’espace public sans autorisation, on mendie silencieusement.

On a vu des mendiant redoubler de créativité en inscrivant des boutades sur leur panneau, de l’humour de second degré, de l’auto-dérision, des couleurs…mais quel recul et capacité d' »abnégation » faut-il pour y parvenir ?

J’ai pour pensée que

l’être humain n’est jamais plus créatif que lorsqu’on ne lui apporte pas la réponse, et ne poussera cette créativité que s’il a une nécessité à laquelle il doit répondre. Dans notre cas que penser ?

Que nos mendiants n’ont pas suffisamment besoin? Car on leur donne déjà sans qu’ils ne fassent rien?
Ou bien que la flamme humaine les amenant à la création est éteinte par le contexte sociétal?
Ou alors je raconte n’importe quoi ?

Je n’ai pas de réponse, ni de statistiques à avancer, ni ne connait personnellement et depuis longtemps des « mendiants », mais pour moi une chose est sur, tout est toujours donnant-donnant (les philosophes disent que le « don », tel que nous l’entendons, n’existe pas vraiment).
Alors si des fois l’on donne à quelqu’un qui nous demande, ça doit être pour répondre à une nécessité personnelle; non pas d’étaler le peu d’argent que l’on a, ni forcément se gargariser d’avoir fait une Bonne Action, mais peut être essayer de faire vivre une utopie où l’on arriverait à réellement aider les gens en leur donnant (sans rien leur apprendre), ou encore est-ce nous qui en donnant devons apprendre par cette perte, qu’il ne faut donner qu’à quelqu’un qui en a vraiment la nécessité, sinon c’est vraiment que l’on a trop en poche.

On a souvent débattu avec mes amis argentins sur cette question:

« Donner à qui demande, ou non ? »

Et la réponse comme vous avez pu le toucher de l’entendement, n’est pas si simple…

Confucius nous a laissé:

« Quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson. »

Apprendre, pour construire la citadelle du savoir, à son image et vivre libre, et non pas au dépend des autres, assisté.
C’est par nécessité que l’homme évolue. Répondez à mes nécessités et je n’aurais aucune raison d’imaginer une manière plus originale de le faire moi même, le jeu n’en vaudrait pas la chandelle, le compromis n’est pas suffisant, pas assez déséquilibré.

Le confort nuit-il à la créativité ? – Crée-t-on mieux en n’ayant rien ?
Ces question ne sont pas pour ici, mais pour l’article qui traite de l’antagonisme ou non entre confort et créativité…

Une anecdote pour terminer:

L’autre jour j’étais assis sur le trottoir devant la bibliothèque avec une jeune Turque qui revenait d’Espagne en avion et partait en co-voiturage pour Toulouse.
Un jeune homme un peu maniéré, bien habillé, vient nous interroger:
« Bonjour, vous n’auriez pas deux pièces de 2€ pour m’acheter un agenda ? »

Moi de lui répondre non, et elle, déjà en train de fouiller dans son sac, ensortant de la petite monnaie… »Tiens, c’est tout ce que j’ai »
Lui s’en repart, un peu déçu mais polis « Ha, merci, he oui, parce qu’il faut que je m’achète un agenda chez Libre Office avant que ça ferme… »

Waw ! On ne m’a jamais demandé de l’argent pour une cause aussi nulle…et pourtant, la petite demoiselle, je vous l’accorde un peu plus jeune que moi, a donné !

 

 

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One thought on “Comme quoi l’argent s’il ne se donne pas, s’échange

  1. Pascale kaplan

    Eh oui, c’est surprenant de voir que cette jeune fille a été touchée par le besoin de ce jeune homme, même si visuellement la demande n’était pas justifiée…
    On pourrait dire que cela a dû lui rappeler des choses de son enfance et qu’elle a fait du copié collé avec des choses qu’elle a vécue avec ses parents et dans son environnement proche…
    La normalité qu’elle a apprise c’est de faire passer les besoins des « autres » (parents, environnement) avant les siens, voire de les prendre en charge.
    Et dans cette attitude vis à vis du jeune homme on peut voir à quel point son jugement est faussé et empreint émotionnellement de quelquechose qui n’appartient pas à la situation et interroge…

    Mais quand on est enfant, ce sont les parents qui doivent répondre aux besoins de l’enfant et assurer leur protection et non pas l’inverse…et le jeune homme visiblement n’a pas de besoin « essentiel » à combler…sauf acheter un agenda !

    Et on dirait que la situation reproduit à quel point il y a un déséquilibre dans son ressenti de la réalité, et l’imprégnation qu’elle a subi, puisqu’elle est touchée par le besoin du jeune homme malgré le message contradictoire…

    Une prise de conscience de son histoire lui permettrait de remettre les choses à leur place dans sa vie…
    .

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