Le pari de l’auto-stop

20131108-STOPMarseille

Combien d’entre vous on déjà fait du stop ?

J’espère pas mal.
Tout le monde a déjà entendu parlé d’auto-stoppeurs depuis tout petit, que ses parents en aient fait, qu’ils en prennent parfois sur la route, ou bien justement qu’ils n’en prennent pas.

Moi, certainement apeuré par ce qu’on avait pu m’en dire, je n’en avais pas fait jusqu’à mon voyage en Amérique du Sud. Là-bas c’était vraiment comme on peut l’imaginer: tu balance ton sac à l’arrière du camion et tu saute avec.IMG_8640DSC09292_1000

 

Enfin non, je triche, j’avais commencé avec mon pote Ju, alors que lui revenait de voyage. Partis de Lyon tous les deux pour aller grimper dans le Sud. Notre principal conducteur était un jeune polonais je crois, mais il parlait bien français. Il installait des barrières anti-vol dans les grands magasins (celles qui sont situés après la caisse) et nous avait donné tous les tuyaux pour les détourner.Capture d’écran 2014-08-09 à 12.41.49 - copie

Ha, et puis que je me souvienne, ma première fois c’était encore avant; je voulais descendre en Espagne en stop avec un pote. On avait un peu galéré, mais terminé à se faire poser à l’endroit exact où on avait des amies, après avoir été invité au resto à une super table.Capture d’écran 2014-08-09 à 12.44.11 - copieCapture d’écran 2014-08-09 à 12.43.40 - copie par notre conducteur français, entrepreneur, avec sa femme des pays de l’Est.

Enfin, là pour le moment, vous avez surtout l’impression que le « Stop », c’est un moyen de déplacement, voire dirons nous « alternatif » ?

Faire tourner la roulette du mélange social

Bien au delà du fait de se déplacer, c’est aussi une manière de faire tourner la roulette du mélange social. Car, j’en appelle encore à vos vies, combien d’entre vous se disent qu’ils ne côtoient surtout que le même type de personnes, dans une tranche d’âge, dans un niveau de vie, dans une éducation…

Vous me direz: « C’est pas vrai ». Bon, ça dépend de qui vous êtes, vos études, et votre lucidité. Moi par exemple, j’ai apprécié passer du temps avec des gamins lors du dernier mariage, discuter avec un « main-d’oeuvre » portugais entre Annecy et Chambéry, un commercial entre Paris et Lyon, des musiciens à Paris, un étudiant allemand Erasmus jusqu’à Dijon, un jeune qui ramenait la tondeuse qu’il était allé cherché au garage et qui m’avait même remercié d’être monté avec lui… Car oui, le conducteur nous rend un service en nous prenant, mais souvent, il est aussi content de la compagnie. J’ai d’ailleurs le contact de pas mal de mes conducteurs.

Nick-Davidtribal.com-IMG_3944_1000
Nick, au volant de son semi-remorque

Le plus impressionnant, c’était en Hiver, entre Lyon et Paris. Nick, un chauffeur de poids lourd polonais m’a pris en stop, en dépit du fait qu’il leur soit interdit d’emmener d’autres personnes dans leurs cabines (la cargaison vaut trop pour courir le risque).
En descendant de son camion, je me suis demandé si je n’étais pas un peu tombé amoureux de lui…Pas pour de vrai, comme vous vous l’imaginez, mais il était vraiment très intéressant et avait, du haut de son fauteuil de chauffeur de pois lourds dont il ne décolle presque jamais, une vision très net de notre société. J’avais également filmé, mais ce sera pour un post à venir.

A propos de mélange, le bar aussi a ce rôle de mixité (enfin presque >18 ans), les salles d’attente, le métro, la rue… Mais chacun de ces lieux fait sa pré-selection et est plus ou moins propice à la rencontre.

L’auto-stop c’est rentrer dans l’intimité, dans l’ambiance confinée de la voiture qui sera elle-même plus ou moins teintée du monde intérieur du conducteur (déco, bordel,…). Mais ce moyen aussi effectue sa pré-selection. Car qui me prend en Stop, sinon des gens qui ont une voiture, qui sont suffisamment ouvert pour le faire, ou bien qui ne sont pas effrayés par ma face, ou encore ceux qui se seront laissés persuader.

Car il y a plusieurs manières de faire du stop:

  1. Se planter avec un panneau sur la route qui mène dans la bonne direction.
    Là on attend le bon vouloir d’un conducteur pour s’arrêter et nous prendre. Un peu d’empathie quoi.
  2. Se placer à un endroit où les voitures s’arrêtent, pour pouvoir établir un contact visuel ou par vocal: un feu rouge, un stop, une station service…
    Là c’est entre « le grand sourire par la fenêtre », la « gesticulation avec le panneau sous le menton », et le « Bonjour, vous n’iriez pas dans la direction de… par hasard ? »
  3. …ou encore, lors de mariages, fêtes, concerts, on trouve quelqu’un sur place qui peut nous ramener ;)

Et dans l’un ou l’autre des cas, toujours garder la face, la confiance, l’amabilité. Puis accepter ou non les sauts de puce.
Je n’ai pas de statistiques sous la main, mais:

  • soit on accepte toute voiture nous faisant avancer dans la bonne direction et on fait des sauts de puce plus ou moins grands,
  • soit on attend « la » voiture qui va au bon endroit.
  • soit on fait un savant mix des deux.

Philosophie de stop:

L’autostop, compter sur le fait que les autres ont un moyen de locomotion et serons suffisamment ouvert pour nous emmener gratuitement avec eux. Enfin gratuitement, au prix de notre énergie.

Il faut être un peu tête brûlée de nos jours pour faire de l’auto-stop, mais ça en vaut tellement la peine. On apprend beaucoup, sur soi, sur les autres, sur les relations, les fonctionnements sociaux. Je crois que je pourrais me déplacer en auto-stop rien que pour ces moments uniques d’empreint du chemin de vie des autres, leur transversalité.

Par ce qu’en auto-stop, on n’est pas juste avec quelqu’un d’autre, on est dans un endroit confiné, dans son intimité, on touche de près « sa folie », ces traits qui lui sont tout particuliers.

Quoi qu’il en soit, on est là pour jouer, pas uniquement pour arriver à destination…

Quelques préceptes:

  • « Le plus important, c’est le chemin, pas le point d’arrivée. »
  • « Un « Tiens » vaut mieux que deux « Tu l’aura ». »
  • On ne fait pas du stop en un temps strictement limité, c’est une science incertaine
  • Tout est échange. Quelqu’un qui prend un auto-stoppeur réponds lui-même à une envie ou de l’empathie: « Et si c’était mon fils », « Ca me fait penser à moi plus jeune », « Tiens elle est mignone (attention)« , « Ca me fera de la compagnie », « C’est cool le stop, faut favoriser ce moyen de déplacement »,…
  • « Là où il y a de l’Homme, il y a de l’hommerie. »
    En bon comme en mal, où il y a être humain on pourra toujours être aidé, mais aussi avoir de mauvaises surprises. Il faut sentir…

 

Matériel utile:

  • Carton
  • Gros marqueur
  • Carte routière (ou GPS)
  • Téléphone portable chargé
  • A manger et à boire
  • Optimisme et sourire

Interdictions:

  • Les chauffeurs de poids lourds et commerciaux n’ont normalement pas le droit d’emmener des auto-stoppeur (en France en tout cas). Certains le font quand même.
    (update Sept 2015: nouveauté sur le co-camionage, voir WeTruck )
    Capture d’écran 2015-09-25 à 02.16.23
  • Les barrières de péage sont des lieux privés où l’auto-stoppeur est juste toléré, ou non.

Autres articles sur le stop (sur ce blog):

Sites sur l’auto-stop:

 

Related posts

Pour commenter sans FB c'est ici ? (laissez votre contact si vous le souhaitez)