Quel rapport ?..

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Le Mercredi 18 Novembre 2015, en Terrasse à l’ombre, je tapote sur mon clavier.
Un drôle de sentiment suit cette constatation.

J’ai quitté l’appart’ vers 10h30. Début de journée. Je pense à Val qui elle, a du commencer bien plus tôt.
A commencer ma journée à cette heure-ci, je suis un peu comme un « branleur », mais en pas pareil. Mais est-ce que quelconque « branleur » le fait exprès ? Hier soir, comme souvent, j’ai écris des articles pour le blog, travaillé des photos, suivi les posts d’actualité sur FB et construit d’autres choses « inutiles » (pour le moment)…mais c’est pas ça qui me fait croûter ! ;)

Avant de soulever la couette, ce cocon chaud qui me garde au lit, je formule l’idée que

« Je ne me lève pas rapidement car il n’y a rien de concret qui me motive dans ma journée future »

ou quelque chose dans le genre.

J’ai toujours du mal à me rappeler les pensées de sortie de lit. Comme si les ‘effaceurs des rêves’ terminaient de passer le balai pendant encore 10min après le réveil. Ca m’a déjà valu d’oublier de répondre à bon nombre de textos arrivés dans ce sas de pensées, à l’enlèvement du mode avion.

J’avais décidé d’aller me poser pour bosser un peu au bar du coin, le Longchamp Palace. Rien de trop prétentieux et toujours une petite ambiance sympa. Ni troquet parisien, ni bar PMU du sud; un bon mélange de confort et de populaire. « Bobo ? » me demandait un mec avant-hier soir. Je ne sais pas, j’dirais pas ça.
Arrivé au Bar, j’aime bien ce petit instant où Val, la serveuse, que je commence à connaitre, me découvre accoudé au moment ou elle se retourne ou lorsqu’elle lève les yeux.
« Ca va ? » « Ca va et toi ? » L’amical et sempiternel échange des « ça va » qui prend sa profondeur au gré de ce qu’on y met dedans.
« Tu veux un café ? » « Ouai stp »

C’était pas prévu comme ça, mais je me retrouve sur ce beau bar en étain marqué par les commandes de clients passées. Un café et un verre d’eau à lire le Canard enchainé !
Mes yeux se baladent d’abord attiré par les images puis par les titres, enfin je prends le temps de lire les petites lignes.

Ca parle des politiques surtout, leurs réactions face aux événements.
« La France est en guerre », les p… encore ce drôle de sentiment qui monte et rend la dans de mes doigts un peu frénétique sur ce clavier froid…
« Les policiers et les gendarmes devraient tous être équipés d’armes en toute circonstance. »
« Sarko continue d’envoyer des pics à Hollande » « Pendant que nos président combattaient le FN, les terroristes se préparaient » « La France forci ses attaques en Syrie et s’allie à la Russie ».
J’arrête. Je me demande si, si d’habitude je ne lis pas les journaux, ce n’est pas parce que je suis trop sensible. Ou peut-être que je suis maintenant trop sensible à force de ne pas lire les journaux, regarder la télé.
Un bien pour un mal ? Un mal pour un bien? pour un mal ? Asi es (espagnol).
Je referme le journal. The End.
A ma droite mon voisin est aussi sur le journal, face à moi le serveur, idem. Mon regard ce baladant cherche peut-être une accroche, pour échanger ce drôle de sentiment que je ne saurai définir. De la déception, du dégoût, de la colère, de l’envie, du mental, de la frustration, et encore un drôle de « mais pourquoi tu te sentirai comme ça ? ». Incompréhensible, c’est juste incompréhensible, inhappréhensible par notre être habitué, habitué à de l’habituel. De l’habituel français et mondial du point de vue français.

Je rejoins Val qui déjeune à l’arrière. On partage vite fait sur le devis qu’elle doit rendre pour sa prestation de déco pour une soirée au nouvel an. Elle a plein de choses à penser. Alors assis sur l’armoire électrique renversée à l’extérieur devant le bar, on discute « de l’actualité ».
« Tout ce dont on est responsable, c’est d’avoir voté pour des mecs qui prennent des décisions, c’est tout ».
« Je lui rétorque qu’on est responsable de ce qu’on apporte au monde, au travers de notre vie, et que ça a son importance et sa portée d’influence ».
Je n’ai toujours pas bien compris si elle exprimait par là « la seule chose qu’on peut faire » => notre impuissance => seuls eux peuvent décider, ce que l’on fait ici n’a aucune portée, ou « notre faute » => on a voté pour eux, ou je ne sais pas…
Elle se lève et rentre dans le bar. Je reste assis le regard dans le vide.

Lorsque je le sens, je me lève et redescend le boulevard.
Une dame assise sur un palier me hèle: « Vous n’auriez pas une petite pièce s’il vous plait ? »
« Désolé, je n’ai pas beaucoup d’argent… » dis-je en hochant la tête, une petite moue de la bouche et le buste revenant dans son alignement.

Plus bas un technicien trafique une armoire électrique ou de télécommunication, me laissant entrevoir le cafouillis des fils de toutes les couleurs
°°Ca ferait une photo sympa °°.
Je ne salue pas le photographe que je croise souvent et qui m’apporte peut d’importance, situé sur le palier de l’Andiamo. Peut-être une vision de mon esprit, un ressenti mal interprété de ma part. Aucun problème, ce sera pour une prochaine.

Attiré par l’odeur du bon pain, et une ardoise, je m’arrête pour essayer de déchiffrer:
« Carte du jour, 3,50€, Brocolis, Fourme d’Ambert, Emmental gratiné »
Une serveuse au teint qui inspire le voyage se présente et me sourit.
« C’est quoi Brocolis, Fourme d’Ambert, Emmental gratiné… » lui demande-je.
« Brocolis c’est un légume, et le reste ce sont des fromages » répond-elle toujours avec le visage « ouvert ».
Je souris à mon tour: »Oui, mais je veux dire.. » et me voilà attablé en terrasse dans le passage de cette place calme et aérée. Une petite ambiance agréable et de village pourtant dans un bruit de fond de tramways.

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Elle s’appelle Giovana et vient du Brésil, Recife. Attentionnée et sympathique, j’échange à nouveau avec elle:

« Tu as entendu parlé du barrage qui a craqué au Brésil ? »

 

« Oui, avec mes amis aussi, c’est une catastrophe. Ca arrive au Brésil des fois, avec les pluies, il y a des constructions qui ne sont pas solide, mais là c’est un tsunami. C’est une période bizarre en ce moment. Partout je crois.»

Elle ici, moi ici, on discute confortablement de tragédies plus que contemporaine, actuelle et encore en train de s’écrire !

Un homme à la table face à moi, avec sa petite fille, parle au téléphone:
« Oui, c’est un mec du Reggae hyper connu, il est sur Marseille pour 2 jours, mais si on vient, ce sera un attentat musical, tu vois, on va jouer 2h, ça buzz et puis on repart ».
Je lui laisse ma carte, des fois que…

Une dame « de la rue » arrive du bas de la place et se dirige directement vers moi:
« Vous n’auriez pas une petite pièce pour acheter à manger à la petite  ? » me dit-elle en montrant sa fille de 3 ou 4 ans.
« Désolé, j’ai mes galères à moi » dis-je avec un sourire compatissant mais incertains. (Incertains de savoir quel est mon tord ou ma raison je crois.)
Elle continue vers la table de cette dame avec deux planches de bois fournies de bon pain dodu, salade et jambon… Le manque et la profusion dans un tout petit cadre de mon champ de vision. Ca me marque.
Je reprend mon écriture me demandant si je relate cela à chaud ou laisse le temps au fil de se dérouler; m’y voilà.
Elle revient vers moi et me demand si je ne pourrais pas « acheter à manger pour la petite, elle n’a pas beaucoup mangé ?! »
Je lui donne un bout de mon brownie, ne sachant trop a quelle proportion couper…
« Vous venez d’où ? » lui demande-je.
« De Roumanie »
« C’est cool, vous parlez déjà bien français, ca peut vous aider pour…» °°pour bien vous intégrer°° je me dis en off.
« C’est cool, tout le jour avec des gens qui parlent français dans la rue, oui.. »
Ce «cool » m’apparait bizarrement inapproprié de ma part lorsque c’est elle qui le répète en s’en allant.
Elle était jolie, douce, sympathique dans le fond, mais comme ces autres personnes qui mendient dans la rue auxquelles nous nous sommes « habitué ».
Je la regarde s’éloigner avec la petite… ce drôle de sentiment un peu atténué remontre le bout de son nez.

Je ne sais pas trop quoi penser…
Quel recoure aurait-elle pour avoir de l’argent, gagner sa vie, nourrir sa petite, quand moi-même je compte encore en partie sur le RSA…
Moi qui suit ingénieur, diplômé, photographe et personne appréciée…

Quel rapport entre ces attentats; quel rapport entre le craquement de ce barrage au Brésil qui détruit faune, flore et humanité; quel rapport avec ces kamikazes à Beyrouth; quel rapport entre ces dames qui font la manche; quel rapport entre ce mec qu’on a aidé lundi soir après qu’il se soit effondré au milieu de la rue, paraissant solitaire et paumé, pourtant très sympathique; quel rapport avec cette brésilienne au français parfait qui sourit; quel rapport avec le fait que je ne sache pas par où commencer; quel rapport avec cette discussion autour des couples et des questionnement inhérent à cet état, que je viens d’avoir pendant presque une heure avec une amie au téléphone; quel rapport avec tous mes contacts sauvegardés dans Google; quel rapport avec Facebook qui souhaite mon « feedback » pour s’améliorer « pour mes amis »; quel rapport avec le fait que je soit en terrasse mi-novembre…quel rapport ???

Il y en a forcément un puisque je suis persuadé que tout est lié, mais tellement insaisissable, que tout ce que je pense faire, c’est continuer de vivre ma vie comme il me semble vertueux et respectueux, au-delà des peurs des autres et requestionnant les miennes, avec optimisme et bienveillance, remettant régulièrement cela en question dans le dialogue et le bain social.

« Ce qui risque d’arriver a déjà commencé »

titre une affiche de la Coalition climat à la Gare Saint Charles.

« Faites passer la douleur ! »

m’inciterait une pub pour du Spray’dol dans la vitrine de la pharmacie attenante.

Alors, … alors ?
Quel rapport ?
Qu’est-ce que je fais de ce « drôle de sentiment » ?
Et la vie continue…

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One thought on “Quel rapport ?..

  1. Anonyme

    Quel rapport ?…. Le rapport me semble t il c’est un déséquilibre pour la recherche d’un nouvel équilibre…comme si nous étions allés trop loin et çà me fait penser à la phrase qui dit « il faut savoir jusqu’où ne pas aller trop loin »…comme si il y avait eu soudain un emballement, une accélération qui déséquilibre le sens de la vie, une trame humaine que nous avions tous en commun mais avec différentes évolutions…certaines choses sont devenues insupportables parce que paradoxales, sans lien entre elles, incompréhensibles dans leur logique…il y avait des choses humaines en évolutions diverses mais aujourd’hui on dirait que la trame n’est plus là, en quelque sorte bafouée par d’autres logiques qui sont allées trop loin, la machine s’est emballée sans que nous y ayons pris garde, sans que nous ayons exercé notre droit de regard, peut être avons nous laissé faire…comme si les barrières n’avaient pas été mises en amont contrant et réfléchissant sur les dangers possibles…je pense à l’argent et à son pouvoir sans âme dont chacun s’est réjoui avec le confort qu’il apportait mais aussi avec les effets dévastateurs et destructeurs qui se sont répandus comme une traînée de poudre juqu’à ne plus pouvoir arrêter le phénomène….comment ? Des multinationales sont plus puissantes que des Etats ? Tout çà est un paradoxe vivant qui englue tout le monde et dont nous ne pouvons sortir peut être que par des catastrophes à la mesure de cette hydre toute puissante qui domine toutes les logiques…le climat nous le dit bien qui se « casse », se dérègle, de la même façon que l’humain partout se dérègle, tombe malade de plus en plus, affiche de plus en plus de symptômes qui lui font consommer de plus en plus de médicaments…tout est surmultiplié…le climat souffre, nous souffrons, la terre souffre (pesticides qui la tuent)…on dirait que tout cela a du sens mais malheureusement pas le bon…
    Pourtant, il y a forcément des moments de déséquilibres pour trouver un nouvel équilibre mais ce n’est pas forcément confortable car ce sont des moments de doutes, d’essais, d’incertitude et d’angoisse aussi car on ne sait pas ce à quoi çà va mener…tu connais bien la zone de confort pour en avoir souvent parlé et disserté autour de sa sortie…c’est ce que je pense qu’il se passe avec des messages qui témoignent tous de la même chose mais sous différentes formes, expressions…ce qu’il se dit se résume dans la question « quel rapport »…tout çà est en rapport mais formulé avec différents langages, différentes symboliques…c’est ce que je crois…c’est un moment de changement suite à un paroxysme nocif pour la planète et pour nous, que nous n’avons pas su ou pas voulu, ou pas pu stopper à temps…

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