Flaque de la compagnie Defracto – Un voyage au présent out of the box

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Ceci est une critique du Spectacle Flaque de la Compagnie Defracto, que je suis allé voir à La Cartonnerie à La Friche de la Belle de Mai ce Dimanche 15 mai, dans le cadre du Festival Tendance Clown (programme pdf) organisé par l’Association Daki Ling à Marseille.

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« Ils sont trop bon »

A-t-on envie de se dire à plusieurs reprises durant le spectacle.

Mon pote Pierre m’avait prévenu

« Ils sont parmi les meilleurs et ne passent que très rarement. »

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Le trio Defracto instrumentalise le jongleur pour le rendre dépendant de ses balles (sans mauvais jeu de mot).
On y voit à tour de rôle Eric puis Guillaume impuissants ou inadapté au jonglage. Chacun aura recours à des stratagèmes pour rendre apte ou asservir son collègue; tandis que David gère le son et la lumière de leur environnement.
J’y vois une industrialisation du jongleur, nourrit par sa connexion à la balle. Il perd dans un premier temps son côté humain et décisionnaire pour nous faire entrer avec lui dans une sorte de litanie, ponctuée d’inattendu.

Crédit photo:
Crédit photo: Pierre Morel 

Car de cette manière Flaque vous entraine dans son jeu, et à construire des habitudes. Celles-ci deviennent des attentes lorsqu’un schéma reconnu se produit à nouveau. L’intérêt de ce tour périlleux, de générer en vous une habituation, c’est de la déconstruire juste ensuite, avec toute bienveillance puisque toujours dans votre fauteuil, avec vos amis, face à un jeu de balle scénique très bien ficelé et divertissant.

Il n’y a pas de longueur de jeu, sinon de la profondeur. Ne dit-on pas au théâtre comme en musique que le silence fait partie de l’oeuvre, tout comme le vide en photographie/peinture, voire le suspens en vidéo. Flaque prend le temps, avec des jeux suscitant l’intérêt, de vous emmener là où il le souhaite, et on s’y laisse aller avec plaisir.

Le résultat est bluffant: 1h de voyage avec eux, mais aussi avec vous.

Crédit photo:
Crédit photo: Pierre Morel 

Par ce jeu avec les attentes « naturelles » du spectateur (qu’elles soient construite par eux ou inscrite dans un inconscient collectif, inée ou acquises), Defracto nous enseigne que la réalité peut se réinventer et que tout n’est pas attendu. En détruisant petit à petit votre projection dans le futur, ils coupent ce fonctionnement naturel de l’être adulte et nous ramène à celui d’enfant: émerveillé par ce qu’il se passe devant ses yeux, à sourire, rigoler, taper des pieds et des mains, mais avec finesse et habileté; dans le contrôle.

Voilà le pari réussi par ce trio d’un ancien ingénieur (Eric Longequel), de Guillaume Martinet et de David Maillard. Un spectacle à haute teneur philosophique qui m’a bien fait rire. Je m’y suis laissé emporté, moi qui pense tant. Et n’est-ce pas la vertu d’un spectacle que de vous emmener hors de vos propres limites ?

Ovation debout ce dimanche dernier
Ovation debout ce dernier dimanche (bon, là ils s’étaient rassis…)

Pour aller plus loin sur la pensée « Out of the box »


Crédit Photo: Nicolas Kaplan

On parle aujourd’hui souvent en entreprise de sortir du cadre, de penser « hors de la boite » (Out of the box), de disruption, d’innovation, de créativité…
Cette problématique propre à l’homme est qu’il lui faut du nouveau pour susciter son intérêt, mais que son corps l’amène à s’habituer à toute situation devenant connue.

Avec Flaque, la compagnie Defracto nous donne une bonne leçon: c’est en cassant les habitudes que l’on réveille à nouveau l’intérêt. Et c’est en le faisant suffisamment, que l’intellect abandonne et laisse place à une réelle ouverture de notre être à la réalité de ce qu’il se passe dehors. Un peu comme si il fallait entretenir suffisamment le chemin qui mène à la créativité et l’émerveillement de l’enfant que nous étions.

Du point de vue philosophique

Ce que nous sommes

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Nous restons toute notre vie qui nous sommes à notre naissance, le même être. L’avancé dans les âges nous apprend à nous adapter à l’Autre, à la vie en société, et à faire des compromis. Ce mélange de personnalités et d’intérêts nous amène à enfouir certaines parties de nous. Pour faire une analogie, c’est un peu comme un vaisseau laissé longtemps sous la mer arborant alors une faune et une flore nouvelle, un bibelot se recouvrant de poussière, une carcasse d’avion accueillant les fougères, voire même une épave qui rouille.

La zone de confort ou d’habitude


Le Mucem, Marseille – Crédit photo: Nicolas Kaplan

Le bruit qui nous environne, le temps et les informations, ensevelissent une partie de nous qui se laisse aller petit à petit à un état autre, recouvert de mousse, ensevelit, oxydé. Mais c’est un mal nécessaire  notre adaptation à la vie en société. Une zone de confort connue finalement.

Cependant, n’oublions pas que ce confort relatif accepté, a été fait en compromis à notre environnement à l’instant où nous avons du nous y adapter. La vie étant un mouvement constant, ce compromis est voué à évoluer. Mais qui dit évolution dit remise en question. Qui dit remise en question dit nouvelle adaptation, et donc nouveau processus d’habituation, ou encore: consommation d’énergie psychique et physique.

Ranger sa chambre en adaptation

Un peu comme le fait de ranger sa chambre régulièrement, et de trouver une nouvelle manière d’agencer certaines choses en accord avec notre nouveau mode de vie: ranger, nettoyer, les habits d’hiver au grenier, changer la photo collée au mur, virer cette table pour libérer de l’espace.
Nous voilà content d’avoir remanié notre environnement en meilleure adéquation avec la période.

Au contraire d’une chambre à coucher, ce qu’il se passe en nous est moins conscient, moins saisissable, moins préhensible. Je pense même que le cerveau cherche à s’éviter des efforts alors que parfois notre émotion ou les faits extérieurs vont l’y forcer.

Voyager

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C’est notamment ce qu’il se passe en voyage (et non en vacances touristiques ;)).
Le voyage, c’est une sortie de la zone du connu. Ce que nous appelons aujourd’hui voyage, c’est de partir physiquement dans un autre pays, voire une autre région. Suffisamment loin de là où nous habitons pour être dépaysé. On prend donc la décision consciente, sous un prétexte ou sous un autre, d’aller à la rencontre du monde extérieur inconnu.

Flaque dans tout ça…

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Attention, voilà le rapport… (attention, non pas pour faire peur, mais je vous demande votre attention)
Voyager, c’est aller à l’inconnu. Aller à l’inconnu demande une nouvelle adaptation à un environnement différent. Notre cerveau et notre corps vont devoir être en alerte et construire une nouvelle appréhension du monde extérieur. C’est ce que l’on appellera je pense communément, faire preuve d’ouverture d’esprit. Car si l’on cherche à reproduire un schéma dans un lieu ou il n’existe pas, attention les dégâts.

Nous voilà donc ouvert d’esprit, à l’affut d’une information permettant à notre cerveau d’assurer la survie de l’être qu’il a à sa charge. Mais au plus l’extérieur sera différent, au moins l’intellect n’aura d’emprise sur l’extérieur, au plus il va glisser pour laisser place au ressenti, à l’intuition, à la débrouille, au système D, à l’aventure, à l’inconnu… et du coup à la présence au moment présent !
C’est en ce sens que Flaque vous emmène en voyage. La présence de l’être au moment présent. L’émerveillement face à ce qu’il se passe, sans plus aucun préjugé (ou ceux de la survie). Pari gagné !

Mais pourquoi chercher ce moment présent, cet instant ?

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Au final, on est en droit de se le demander. C’est une composante constante à divers mouvements spirituels: la recherche de l’être profond et du moment présent. Peut-être que c’est par ce que c’est à ce moment là que l’on se sent le plus vivre, le plus présent. Présent.

Ma question maintenant, est: est-ce qu’après avoir lu ça, si vous allez voir le spectacle, allez-vous vous attendre à tout ce que je vous ai raconté ?
Est-ce que cet article serait contre-productif ?

Qui vivra verra ;)

Voici la vidéo trailer du spectacle

Je ne l’avais pas vu avant d’y aller et je m’en suis très bien porté. Ceci dit, en voyant une vidéo, ce n’est pas la même chose que de le vivre, et oui ! (même si la vidéo est bien montée ;)

Écriture : Eric Longequel , David Maillard, Guillaume Martinet.
Interprétation : Eric Longequel , David Maillard, Guillaume Martinet.
Régie plateau et création musicale : David Maillard.
Mise en scène : Johan Swartvagher.
Regard extérieur jonglage : Jay Gilligan.
Création Lumière : David Carney.

Soutiens et subventions :
Théâtre Bretigny , Théâtres départementaux
de la Réunion, CND , La Maison des Jonglages, Coopérative 2R2C, L’Essaim de Julie,  Le 104 , Espace Périphérique, Domaine d’O, Provinciaal Domein Dommelhof,
La Grainerie, La Fabrik .

A retrouver ici Defracto/Spetacles

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