Le début de l’âge adulte ?

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J’ai une amie sur Marseille.
Elle vient de terminer sa licence aux Beaux Arts. Elle est pétillante, pleine d’entrain et de créativité. Toujours dehors à croiser des gens qu’elle connait, mais pourtant très accessible et sensible.

Ca fait plus d’une semaine qu’elle « a un taf »

Tout à l’heure je l’ai eu au téléphone. Ca fait 3 jours qu’on essaie de se croiser, plus d’une semaine qu’on ne s’est pas vu. Pour cause, non seulement je n’étais pas dans le coin, mais ça fait également plus d’une semaine qu’elle « a un taf ». Elle fait du service à la personne je crois. Du genre elle va chez des vieux pour faire le ménage ou des trucs comme ça. En fait j’en n’ai jamais trop discuté avec elle, ça fait pas longtemps, et on s’est pas vu beaucoup.

Alors au téléphone elle me dit qu’elle vient de rentrer chez elle et qu’elle fait le ménage. Moi j’ai tout de suite eu l’impression qu’elle était fatiguée et la tête à autre chose…

« Mais non arrête de me traquer »
« Ben si, tu deviens blasée »
« Mais non, faut que je range et fasse le ménage, c’est tout »
« Bah t’aurai pas répondu ça avant… »
« Ha ben ça c’est mal me connaitre »

Mais moi j’ai envie d’avoir confiance en ce que j’ai senti… j’ai senti que parce qu’elle travaille, elle n’a plus de temps à elle. J’ai senti que dans son travail elle doit se plier à certains compromis en même temps qu’elle se fatigue à la tâche: double fatigue – physique et psychologique.

La dernière fois elle me disait qu’elle se rend compte qu’elle n’est pas payée grand chose par rapport au temps qu’elle passe non seulement à travailler, mais surtout dans les déplacements pour aller travailler. Ils lui donnent un petit pécule quand même pour les déplacements, mais ce n’est pas suffisant. Alors elle a resquillé et elle s’est faite choper. Comme elle disait, elle a

« travaillé toute une journée juste pour payer l’amende qu’elle a eu le soir ».

Le début du vortex

j’ai senti que c’est le début du raisonnable

Enfin du coup elle avait l’air un peu moins comme d’habitude au téléphone. D’habitude, vous me direz, ça fait pas si longtemps que je la connais, mais j’ai envie de croire en ce que j’ai senti…j’ai senti que c’est le début du raisonnable. Il lui faut un peu de repos, il faut qu’elle prenne du temps pour ranger sa maison, il faut qu’elle se lève demain pour aller travailler.

C’est pas forcément un mal hein, de travailler pour rendre service aux gens âgés et en retirer de l’argent pour ensuite pouvoir se faire plaisir ou payer son loyer… C’est pas forcément un mal de prendre un peu de temps pour soi et ranger son appartement, ou se reposer en lisant un bon bouquin dans son jardin. J’ai juste la sensation que c’est une passade que chacun connait, connaitra, a connu.

Ce moment de la vie où on termine ses études, ou alors juste une période. Ce moment où on décide (ou bien où on a envie) de devenir un peu plus raisonnable. On sort un peu moins, on mange un peu mieux, on essaie de se coucher plus tôt, on mise un peu plus sur ses vrais amis, on se construit des fonctionnements et des valeurs…
…là j’avoue, c’est déjà un peu poussé, on en n’est pas vraiment à ça dans notre cas, mais bon, ça en a tout l’air, même si ce serait peut-être tant mieux que ce texte … soit juste lu. Peut-être que je me mets le doigt dans l’oreille (vient de me corriger…le correcteur automatique). Peut-être que c’est moi qui interprète mal. Et alors ?

Il n’en reste pas moins vrai que j’ai l’impression qu’il y a une passade par laquelle on est passé (;)), à décider que « bon, ça suffit maintenant » ou « bon, il va falloir que » etc…
Pour nous, pour la famille, pour les ami(e)s, pour les petit(e)s ami(e)s…
Le début de l’âge adulte dira-t-on ?

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Crédit photo: Nicolas Kaplan

L’analyse donnera que:

# Le premier phénomène, c’est qu’en évoluant on est de plus en plus conscient des compromis à faire (nécessité, fragilité, instabilité à long terme, peur,…), et on choisi d’être plus ou moins raisonnable, ou de tenter le diable.

# Le deuxième phénomène, c’est que du fait de se plier à une organisation extérieure, un cadre de vie, des horaires, du rangement, des fonctionnements pas tout à fait naturels et souvent projetés dans le futur, et bien ça fatigue un peu l’être.
Après, en tant qu’ingénieur devenu photographe, je connais aussi l’abyssale quête de soi et la sensation de perte de temps et d’inefficacité à poursuivre une carrière artistique peu cadrée, dans le besoin de reconnaissance et la pauvreté monétaire. Mais l’ « être » sans trouve-t-il fatigué ? N’est-ce pas sa confrontation à l’extérieur qui rend les choses compliquées ?

# Le troisième phénomène, que certains décrirons comme un tunnel, un vortex ou encore un engrenage, c’est qu’une fois qu’on a mis le pied dans un tronçon, une case du système, un rouage, et bien le reste viens souvent tout seul…

Enfin, on doit bien tous vivre avec les autres pas vrais ? On est bien tous (quasiment) des animaux sociaux en nécessité d’amour pas vrai ? On a bien tous un peu peur de l’inconnu, de la folie, de la mort, non ? Et du coup on doit donc bien tous faire des compromis ?… non?

Mais si c’était à une morosité de l’âge adulte que les générations actuelles essayent d’échapper ?

Mais si c’était à ça, à une morosité de l’âge adulte, à un dégoût des retombés du systèmes en place, et autres, que les générations actuelles essayaient de réchapper, en devenant artiste, youtuber, boulanger ou en créant son propre « zion », son espace de vie un peu plus raisonné, et avec des résonances…
Car oui, il faut certainement « lâcher pour gagner » et faire un pas vers l’Autre, le grand Inconnu et hors moi, lorsque l’on vit en « société », mais il y a tout plein de manière de le faire, et on peut être surpris de notre propre créativité…

Bon alors d’accord, dans « la réalité » certains peuvent réagir aux contraintes de la vie en allant se fatiguer à des tâches qui leur assurent la tranquillité. D’autres peuvent également perdurer sous perfusion d’aides sociales et essayer de comprendre leur place dans la société, mais ceux que je préfère moi, c’est ceux qui réussissent à ne pas perdre d’énergie vitale en travaillant, voire même à en gagner. Ceux qui vivent leur vie à travers ce qu’ils accomplissent et en sont heureux et rayonnent vers les autres de cet épanouissement. Ceux-ci, qui sont dans un bon compromis, dans leur équilibre vertueux à eux, on les envie tous, non ? pourquoi pas moi ? pourquoi pas tout le monde ?

Moi j’pense qu’on peut tous trouver à s’épanouir vertueusement. Enfin, en tout cas, ça me va de suivre cette idée, même si ça peut paraître utopique. Mais alors ça risque d’entrainer des modifications de la société, puisque ce fonctionnement n’est pas permis ainsi pour lors…apparemment.

Enfin, je souhaite courage, confiance et optimisme à chacun, pour réussir ce doux pari, que de parvenir à trouver sa stabilité dans le compromis de la société ;)

Et vive la vie !

Son droit de réponse à elle juste après lecture (aujourd’hui):

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Crédit photo: Nicolas Kaplan

Mais t’inquiète ce que je fais ne m’atteint pas, ne me prend pas tout, au contraire il m’ouvre les yeux sur une réalité dont j’ai besoin d’apprendre…
Effectivement on ne s’est pas assez vue pour qu’on puisse parler de ce qui m’enrichis dans ce taf. Fin Juillet j’arrête l’aide à la personne.. sans voiture ça bouffe trop d’énergie pour ce qu’on y gagne.

Et oui comme tout le monde j’ai des coup de mou  sauf qu’étant une personne transparente le moindre changement d’humeur se ressent et très souvent on ne me laisse pas le droit d’être à plat…
Je sais que mon énergie (pétillante) vous ravive mais pour cela il faut que je recharge mes batteries aussi. Et là où je te dis que tu me connais mal c’est que moi, perdre ma folie et ma soif de rencontres, d’amis et de rire ne peut s’éteindre car c’est mon moteur, c’est ce pour quoi je vis!

Puis j’aime trop la vie!
Et je sais que je fais trop de folies, alors un peu de calme et de création ne font pas de mal. Oui forcément le travail nous dévie ou non de ce que l’on souhaite ou aime faire mais comme tu l’as dit:

« Il faut passer par là pour se trouver, ce recentrer. Savoir ce qu’on ne veux pas faire et vivre. Le pire est souvent très bénéfique! »

En art ils nous disaient:

« Trouve 10 oeuvres que tu n’aime pas, ça t’aidera à savoir ce que tu aime » ;)

Bref au final je suis sortie et je suis rentré à minuit 30… j’ai bien rit et j’ai squaté à deux endroits avec des groupes différents et j’ai même rencontré 3 tip qui mon payé des coups.

Oui je suis du genre imprévisible car Poissons aux humeurs changeantes. Puis comme tu le sais, j’aime les choses non prévues… mais chavou que notre discussion ma fait avoir le déclic et je me suis dit « il a raison faut que j’arrête de faire ma mamie! »

Déjà que j’en vois toute la journée Mdr! Et puis j’aime mieux la fatigue qui vient de bons souvenirs que celle de la routine.

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