Petite visite matinale à France Inter

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Jeudi 13 Novembre 2014 – 6h-10h

La matinale à France Inter : l’instant présent en continu

IMG_0967_300« PASSEZ QUAND VOUS VOULEZ »

,me provoque en gros caractères bleus la Maison de la Radio. Et si je les prenais au mot ?!?

Ce matin, par liens de confiance et d’ouverture, je montais à l’étage de France Inter. Voici le récit de mon infiltration au sein du transistor national…

…une douce revanche sur ma tentative d’y travailler presque un an plus tôt!

Assis au Café « Les Ondes » au coin de la rue face à la « Maison radio », j’ai la sensation de commencer ma journée en écrivant mes rêves.

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Un verre de jus d’orange, et un croissant trempé dans un chocolat chaud, voilà ce qu’ils appellent le « Petit Déjeuner Français à 7,90€ ».

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Je raccroche ma caméra, dépose mon carnet, démarre l’ordinateur; me voilà au bureau.
Julie vient de me quitter précipitamment  en traversant le billard gris parisien pour attraper son bus.
Devant moi, le serveur à la chemise blanche et au tablier noir blague avec les clients sur « une noisette » ou « un noisette »…

 

Il est 10h37.

A 4h01 mon réveille a bien sonné, mais j’avais prévu de l’avance alors… 4h54!, voilà mes yeux qui s’ouvrent à nouveau sur le cadran du téléphone. « Merde ! »
Saut du lit, triple vrille, et me voilà habillé dans la rue à la recherche d’un Vélib’. (Et oui, à Paris, les transport en commun démarrent vers 5h30.)
Pourquoi me lever si tôt ? Parce que ce matin, c’est un de ces matins qui marquent le coeur: je suis attendu à 5h à La Maison de la Radio, France Inter plus précisément. Julie Bernard a accepté de m’y accueillir au débotté et avec le sourire.

« un de ces matins qui marquent le coeur »

Il est 5h56.
Me voilà à la Porte B du grand bâtiment en Arène. Julie descend me récupérer au poste sécurité. Je viens de traverser Paris dans ce froid Novembreux, Roi des Grandes Avenues vides et blanchent de bruit, Chevallier de ce 2 roues savamment choisi à la borne 30, euphorique de cette traversée inutile au Monde mais pour moi au goût subtil.

Et voilà la demoiselle. Jolie Julie. Elle me claque la bise, l’atmosphère est déjà posée: « friendly ». Petit pull jaune à grosses mailles, lunettes noires, cheveux mi-longs attachés en un chignon laissant sa nuque à nu, bottines noires sans talons et un parfum qui sent bon.

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Ascenscion. Elle m’emmène dans le couloir aux murs rouges et blancs: France Inter !
Les présentations avec la machines à café sont faites, on va tout de suite en régie.

Capture d’écran 2014-11-13 à 11.30.23 - copie_1200Les studios/Régie

Une salle comparable à une régie d’enregistrement de groupes de musique comme on voit à la radio (je voulais dire « à la télé »), mais en plus grand, plus lumineux (bien qu’il fasse nuit), un peu moins « uniquement technique », en environ 20m^2. En arrière 2 bureaux « de suivi d’émission» et devant, un bureau en U où s’affairent les 2 techniciens du son entre table de mixage et écrans, réagissant aux mimiques et autres gestes du présentateur face à eux.
Et oui, de l’autre côté du vitrage aphonique: le studio aux murs rouges. Une table ovale, environ 6 micros, quelques écrans sur la table et les fauteuils de bureau noirs qui vont avec.
Une émission est en cours. On peu discuter en régie mais pas trop fort pour ne pas gêner l’équipe technique: les techniciens, celui qui s’occupe des droits d’auteurs, et les autres ( ~ 6 pers. en régie). C’est calme…

20141113_MatinéeFranceInter-Texte_DavidTribal« ON AIR »

aurait dit une lampe rouge si on avait été aux states ;) Ici la régie est aux aguets pour servir l’émission. Deux petits hauts-parleurs diffusent le contenu de la radio comme on l’entend chez soi. Parfois s’y mêlent des tests sons ou encore lorsqu’une musique passe, la radio en messe basse, les échanges avec le présentateur. Si celui-ci coupe son micro pour parler avec son invité en vase clos, plus rien ne s’entend, dans la régie en tout cas.

Julie, sur un des bureaux arrières, se retourne régulièrement vers moi pour m’expliquer ce qu’elle fait, je prends note:

« Tu vois, ça ce sont les textes que j’écris ou corrige pour le fil conducteur des journalistes. Tout est préparé. Sauf parfois quelques boutades. Mais c’est important, on doit rentrer dans le timing. C’est mon rôle de faire en sorte qu’on soit dans les temps. »
Elle rajoute « Surtout à cette heure là, ils sont tous fatigués, il leur faut un support à suivre. »

Je l’interroge:

« Vous allez jusqu’à chronométrer le temps que l’on met pour dire un mot ? »
«  C’est facile, sur un éditeur de texte il compte les signes. On sait que 3000 signes ce sont 3 minutes, à partir de là 1000 signes = 1 minute, on sait à peu près. »

2ème outil: un fil d’actualités dans un logiciel.
Ce fil est fournit en temps réel par les agences de presse: AP, AFP et Reuters. Une base de données gigantesque de l’actualité mondiale condensée permettant de suivre les dépêches au cas où l’actualité changerait…

L’ACTUALITE

Car il s’agit de ça. Être au fait et transmettre l’information avec valeur ajoutée. Mais ce qu’il faut aussi entendre dans « actualité », c’est sa notion de « présent ». Tout comme le bandeau du temps défile inlassablement, la diversité de la vie et du vaste monde entrainent immanquablement des faits et donc de l’actualité. Il y aura toujours de quoi faire. C’est infini…

« C’est toujours nouveau, tu n’as pas le temps de t’ennuyer; tu es là, dans le fil de l’actualité. Tu vois là on est en direct, je pourrais m’ennuyer à entendre les informations que j’ai déjà lu, mais non, j’ai le site à faire. 12 chroniques à mettre en ligne, c’est pas mal. »

Et oui, parce que ce que vous pouvez retrouver sur le site internet de France Inter pour les matinales, c’est Julie qui le met en ligne.

Pendant ce temps, le fil se déroule en suivant le rythme habituel des émissions maintenant rodées. Habituel, le rythme, mais toujours du nouveau.

Derrière la vitre, des expressions
A travers cette vitre d’où les sons ne s’échappent, les regards et les gestes passent. Le présentateur indique aux techniciens de lancer le jingle d’un mouvement de main en l’air, ce qu’ils opèrent simultanément.
L’avantage de la radio, c’est aussi que l’on peut lire ses notes en parlant. Des notes très détaillées, telles un texte de théâtre.

DavidTribal_IMG_0953-luz_1500Dans le studio Guillaume Meurice fait sa chronique. Des mouvements de mains pour ponctuer la lecture de son texte, tête tournée vers la table. C’est marrant comme le corps image et recrée la dynamique qui se transmet dans la voix ainsi qu’à tout le reste de l’équipe. La tête se lève parfois, autour de la table des regards s’échangent avec les invités et autres chroniqueurs qui rigolent, sourient, réagissent. Au delà des contraintes du temps, des notes et du micro, l’humain a l’air d’être bien là, souriant, présent. Comme une flamme…de chalumeau lorsqu’au micro !

(note: depuis la rédaction de cet article, nous avons aujourd’hui pu voir à plusieurs reprises les captations vidéo de l’intérieur du studio…)

La France

Dehors la nuit continue d’assourdir ce monde normalement bruyant d’effervescence le jour. Paris se lève petit à petit tandis qu’à la maison de la radio on fournit d’informations les chaumières, les automobilistes, et le reste du peuple francophone d’ici et de naguère. Je retrouve dans les voix des correspondants celle de Joël Collado pour la Météo en directe de Toulouse, ainsi que celle de Michel Berga au « PC Mobilité » (anciennement Rosny-sous-Bois) pour les infos routières. Ces voix que j’associe à mon enfance alors que je petit-déjeunais ou était dans la voiture avec mon papa qui m’emmenait à l’école, au collège, au lycée… Je me sent plus proche d’eux à être dans les studios de la maison de la radio aujourd’hui;)

« On dort tous pas beaucoup. On compte les minutes de sommeil. »

m’informe Julie qui commence sa « journée » à minuit trente. A cette heure, elle considère que

« c’est encore hier tandis que certains se lèvent à 1h30, c’est déjà demain, c’est plus facile ».

C’est relatif ;)
Elle sort à l’espace café

« Allez on y va, en rang par 2 »

rappelle-t-elle  une partie de l’équipe  en rigolant avant qu’ils entrent en studio.

Ici tout court.

Tout est minuté, même secondisé. Elle me présente une liasse de feuilles. C’est un genre de Time-Line donnant le déroulé de l’antenne de manière précise; à la minute et à la seconde, ça dépend. J’ai compté 4 pages pour 2 heures, soit 1 par demi-heure ;) Certains blocs (moments) sont incompressibles: Météo, Publicité, et autres feuilles pré-enregistrées dans un mini-studio ou le journaliste fait lui-même son montage. Les émissions recevant des invités ont un timing plus incertains. C’est encore à Julie, pour les matinales, de faire en sorte que chacun respecte le cadre du temps. Mais elle a conscience qu’il faut accepter l’imparfait.

« Moi mon rôle c’est que tout soit bordé. S’ils dépassent je leur fais la gueule (lol) , mais bon j’ai conscience qu’il faut de la convivialité, s’ils ne disent que des choses auxquelles on s’attend on s’ennuie et ça sonne faux. Par expérience, je sais de certains qu’ils risquent de dépasser, alors je les préviens et je fais avec.
Là elle a fait plus court tu vois. »

« Et le présentateur du coup, il va devoir faire une boutade pour combler le temps ? « 

« A 15 sec. non, il ne s’affole pas. Il le ferait peut-être pour 30 sec… »

« 6h53 et 44 sec »

indique l’horloge numérique aux caractères rouges au dessus de la vitre de transition phonique. Alors qu’en studio on évoque la navette Philae qui tente de se poser, en régie on teste des sons de meuglements en se marrant. C’est Guillaume Meurice qui en bénéficiera en guise de chatouilles pour démarrer sa chronique, à l’initiative créative des techniciens réalisateurs.

Les responsabilités

Dans une radio de si grande renommée, les journalistes sont responsables de leur direct. Il tient à eux que leurs invités et autres intervenants ne « débordent pas » à l’antenne. Les réalisateurs ont aussi le pouvoir de « couper le micro » en régie. Mais comment retenir un humoriste avec un micro en main, ou un auditeur en direct au téléphone, de dire ce qu’il veut à la France entière ? Cette responsabilité du contenu est forte.

D’autre part, les 140 collaborateurs de France Inter sont également partie prenante de l’éthique de la chaine et garants de la leur.
Entre ordre et désordre, cadre et humain, respect des temps et convivialité, à chacun son professionnalisme.

J’ai trouvé ça drôle d’entendre la régie demander à l’oreillette du journaliste d’abréger les paroles de son invité pour rentrer dans les temps et ce dernier de s’exécuter d’un

« Tout cela est si intéressant, on aimerait rester tellement plus longtemps avec vous, mais passons à … » ou une réplique dans le genre.

Chassé croisé

Les emplois du temps se croisent, à l’image de celui de Julie et de son copain, technicien à la chaine. Alors qu’elle démarre sa journée à minuit, c’est l’heure à laquelle il la réveille en rentrant. Ils se croisent devant l’ascenseur.

« Un couple post-it » comme elle dira, même si son copain n’affectionne pas l’expression

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Elle, elle apprécie de travailler sur cette tranche horaire: 1h – 10h. Même si c’est parfois difficile

« si je me lève c’est pour mes collègues » m’avoue-t-elle.

La dedans, aucun signe de contrainte sinon d’envie.
Je la comprends.

Rien que cette « matinale» dans les locaux de la maison de la radio m’a donné goût à cet emploi du temps en quinconce.

« Quand on part d’ici, les autres arrivent, un peu aigris de leur voyage en transport en commun ou des embouteillages. Les bureaux grouillent. »

Comme je l’ai dit en débutant ce récit, j’avais la sensation d’être en train de rêver, dans ce cocon aphonique maternel de la maison de la radio. Ce n’est ni la nuit, puisqu’on ne dort pas, ni le jour car il fait nuit et tout est calme. Chien et loup ne s’y retrouveraient pas… c’est un espace intemporel où 4h passent sans s’en apercevoir. Les « Bonne nuit » y croisent les « Bonne journée » selon les rythmes.

Quant au personnel, on dirait plutôt des « personnalités ». De l’égo, mais aussi de l’intégrité. Des caractères. Il en faut certainement pour porter l’information d’un pays dans sa voix.

Tout ce beau monde fait courir le fil d’actualité, 7J/7, 24h/24, en 3*8, 5/5, 3/5, 3*12 etc…
Il maintient le pays sous perfusion d’information, parfois peut être tellement dans le détails qu’en oubliant la réalité dans son global. Difficile d’être à l’affut, dans la précision, et d’avoir également du recul.

Par les fenêtres Paris prend vie et s’affole.
Ici, c’est plus calme, on traite l’information. Ca circule aussi, mais à un autre rythme. Un rythme plus léger et grave, de la profondeur de l’information avec la réalité humaine. Des fourmis responsables, conscientes apparemment. Il semble qu’il y ait de la profondeur en chacun, de l’intégrité, et de la liberté dans le cadre, et surtout du lien et de l’envie de tenir le bâtiment « France Inter » ensemble.

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Anecdote:

Même les sourds suivent la radio. Ils réagissent en ligne ;)

Petite réflexion du philosophe ;)

C’est comme un autre monde. On sent passer la vie par ses faits, ça n’arrête pas. Il y a toujours quelque chose à faire mieux, de la profondeur d’information à traiter. Les journalistes ne peuvent quitter le fil de l’actualité. Les directeurs de chaines, n’en parlons pas. Sous perfusion d’information.

Julie arrive à décrocher lorsqu’elle n’est pas à « La Maison » (de la radio). Pour son copain, c’est encore du boulo d’écouter la radio à la maison…il n’en veut pas.
Cet empressement de l’actualité à se renouveler chaque jour est grisant. Il y a des fils rouges, du tout neuf, des dépêches de dernière minute, et des galères à surmonter.

Moi, ça me fait penser à un sport extrême. Un corps aux aguets à la recherche d’une sensation directe et vraie, en continu. A la Maison de la Radio, c’est la réalité de l’instant en continu. L’information traverse les corps et les esprits qui s’en nourrissent  puis passe à l’obsolescence une fois diffusée.
Drogués à l’actualité ???

16h04

Je termine de me relire en 10min.
J’ai eu le temps d’ingurgiter mon petit déjeuner français, déjeuner d’un croque Monsieur et terminer par un thé au citron. Je tombe malade, de la gorge. Une nuit courte, la traversée de Paris à transpirer à vélo, et surtout avoir été dans les courants d’air du resto pour profiter de la prise de courant. J’ai fait au moins 2 cycles de batterie et dépensé 25€.

Pourquoi ?
Pour délivrer mon information. Pourquoi ?
Je ne sais pas. J’ai aimé ce moment comme j’ai aimé de nombreux moments de ma vie que j’aimerai raconter. Et il y en aura d’autres.
J’espère vous avoir permis de voyager et de rêver. J’espère vous avoir un peu emmené dans mes valises à découvrir le monde. J’espère vous avoir fait profiter de mes yeux et de mon coeur pour avoir une petite expérience de ce que vous ne prendrez certainement pas le temps de faire. Moi je le prends, aussi pour vous.
J’aime faire l’expérience de la réalité des choses par moi même et tenter de transmettre l’expérience.
Qui sait, on est peut-être sur la même longueur d’onde.. ;)

Merci Tiff, merci Julie, merci à l’équipe matinale et merci à la sécu :)

IMG_0976_800La Maison de la Radio au petit matin


Les émissions de ce matin là:

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