En 6 mois, elles changent les habitudes…

Marseille Gare Saint Charles ©nicolas kaplan photographe

En remontant la Canebière je m’étonne en arrivant à la hauteur de Noailles.
On dirait qu’il y a des barrières sur la place du marché. Encore des travaux, encore une transformation ?
Musique sur les oreilles je m’engage dans la petite rue qui y monte. Un groupe de « jeunes » squatte au coin. Je m’attends déjà à ce qu’ils me proposent de me vendre des « Cigarettes, malboro, malboro, cigarette… » comme ils doivent le dire 100 fois par jour tel que ça leur vient naturellement.

« Bonsoir » ai-je engagé, « Cigarette, Cigarettes …Ashich »
– Non merci, je n’ai besoin de rien. Mais la place du marché là, ça fait longtemps qu’il y a des barrières ?
– Non ça fait pas longtemps, ça fait 5 jours…
– Et du coup il n’y a plus d marché ?
– Il est à La Girafe* le marché…
(Effectivement j’ai acheté des fruits sur un petit marché à La girafe* il y a quelques jours, et je m’étais étonné de sa présence à cet emplacement)
– Ha ok, parce qu’avec la remise en état de l’Hôtel là, moi j’avais peur qu’ils essaient d’écarter le marché de Noailles du coin…
– Nan mais y revient, dans 6 mois y revient (me dit-il avec un petit air désabusé)
– Tu sais, les habitudes elles ont le temps de changer en 6 mois…
Alors sur cette touche je suis parti en les remerciant et remettant mon casque sur les oreilles dans le balai des ras qui décident forcément de traverser la rue devant moi.

En 6 mois elles changent les habitudes.
La gestion sociale se fait psychologiquement. Dans le non-dit, l’oubli, petit à petit. Qui se soulèverait pour une transformation temporaire ? Qui se soulèvera lorsqu’elle persistera ? …une fois les nouvelles habitudes engrangées ?
Je ne sais pas comment va évoluer cette question là. Peut être dans 6 mois le marché reviendra, sur une place toute jolie et toute propre (du jamais vu à cet endroit).

Je cherche juste à aborder ce point que j’ai découvert en grandissant. Moi qui aime la réalité et la franchise, je sais maintenant qu’on nous ment. On manipule l’opinion et les attentions pour faire avancer les projets « comme il se doit ». Noailles et son marché sont une institution, mais la Canebière aussi.
Décaler le marché de Noailles ce serait couper l’énergie de Noailles, sa place vivante et son centre d’intérêt. Que sera Noailles sans son marché ? Plus que des ruelles squattées par des dealers de cigarettes et de vieux arabes qui, gardant leurs bonnes habitudes du bled, vendent quelques chargeurs de téléphone et paire de chaussures de mauvaise facture au sol…
Il y a bien la poissonnerie, la boucherie et quelques commerces de fruits et d’autres produits typiques, du coin. Ils sont le quotidien des gens du quartier. Mais les gens comme moi, les marseillais , les bobos et surtout les touristes ?… Ils ne feront que passer et encore, s’ils y passent….
Noailles sans son marché trouverait-il à perdurer ?

La Plaine, Marseille © Nicolas Kaplan
La Plaine, Marseille
© Nicolas Kaplan

La Canebière et le beau centre de Marseille tendent à se développer. Le cours Julien et le quartier de la Plaine sont depuis longtemps dans le collimateur. Les tables ont été une nouvelle fois dispersées, à la sortie de l’été. Qui se soulèvera pour avoir le droit d’aller squatter dans la nuit et le froid ? Les grilles ont été ouvertes, l’endroit n’a plus le restant de sont aspect cosy à la lueur du dernier lampadaire. A l’abandon, même en journée. Les bancs n’enjoignent même plus à s’y poser. La place est nette, morte, en attente d’un futur futur. Le dernier squatteur itinérant est un tractopelle, même s’y j’apercevais l’autre soir un vieux mendiant y faire son feu de joie personnel.

Marseille est une drôle de ville, où les énergies naviguent en tourbillon. Il y a beaucoup de perte de temps et d’investissement humain et certainement pécuniaire. Saura-t-elle dans sa transformation garder son intégrité ? Saura-t-elle déjà se transformer ? Ou bien est-ce encore une nouvelle manière de faire encore et encore des projets en l’air ? En tout cas il y a le développement touristique gentrifié à la clé. Il y a encore beaucoup à développer ici. Dans cette ville qui résiste naturellement mais sans se forcer.

 

Bar de la plaine, Marseille © Nicolas Kaplan
Bar de la plaine, Marseille
© Nicolas Kaplan

*La Girafe est la dénomination d’un lieu public. Autour de 2013 a été mise en place un structure métallique représentant une girafe et son girafon en haut de la Canebière. Dans le corps du girafon existe une ouverture où des livres sont régulièrement laissés en libre service. Cette pratique est de plus en plus répandue.

Related posts

Pour commenter sans FB c'est ici ? (laissez votre contact si vous le souhaitez)